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   Chronique
   Technologie WiFi: la cigarette du nerd


    par Mathieu Massé / 19 mai 08

Le cégep André-Laurendeau offre à ses étudiants le service internet sans fil depuis août 2007. Tous ceux qui ont la chance de posséder un ordinateur personnel bénissent les dieux d’une telle occasion. Évidemment, ce service permet de travailler dans la cafétéria entouré de ses amis ou seul. Plus besoin de passer des heures et des heures sous les néons blancs de la bibliothèque. La question ne se pose même pas, le service nommé WiFi est d’une aide précieuse. Cependant, le problème du danger des micro-ondes ou ondes électromagnétiques est soulevé par certaines personnes dans le collège André-Laurendeau.

Le beau risque

Le mot d’ordre de la direction dans ce dossier est de ne rien dire de compromettant. Le malaise quant à cette situation est palpable lorsqu’on interroge les membres de l’administration. Toutefois, leur position officielle est à l’effet que tant que cela n’a pas été prouvé, ce n’est pas dangereux. C’est donc ici la même histoire que pour la cigarette, les changements climatiques et tant d’autres. On ne changera pas tant que le gouvernement n’émettra pas d’avis clair et précis sur le danger de la technologie WiFi. C’est la philosophie du Beau risque.

En attendant, les techniciens continuent d’installer des bornes émettrices d’ondes électromagnétiques. Le risque, cependant, est tout-à-fait présent, selon le site Next-up entièrement consacré aux dangers des micro-ondes, que ce soit dans le cas des ondes de téléphonie cellulaire ou du WiFi. La connexion internet se fait sans fil grâce aux ondes voyageant dans l’espace (notre espace). « Ces ondes traversent toutes les substances sauf l’aluminium, de dire Roland Thouin, technicien en génie civil au cégep André-Laurendeau. Il faut savoir que, dépendamment de la tâche qu’on effectue sur son ordinateur portable, le nombre de micro-ondes qui est émis varie énormément. ». Tout dépend du nombre d’octets qui sont utilisés.

Dans le langage informatique, un octet correspond à un groupement de huit bits. Un bit est l’unité élémentaire de stockage. Un octet est l’équivalent d’une lettre dans un traitement de texte. L’envoi d’un courriel ne nécessite que quelques kilo-octets. Par contre, dans le visionnement d’une vidéo sur Youtube, la taille et la complexité du fichier augmentent de façon exponentielle. L’utilisation d’Internet nécessite alors des méga-octets et même, dans certains cas, des giga-octets. C’est dans ce genre de cas que le danger se fait plus présent, car, dépendamment du nombre d’octets utilisés, la transmission nécessite plus ou moins de temps pour s’effectuer.

Four micro-onde à cuisson lente

La puissance du signal WiFi est de 2.45 Gigahertz (GHz). Selon la spécialiste en bio-électromagnétisme de l’Université Trent en Ontario, Magda Havas, le moins longtemps on y est exposé, le mieux c’est. Selon elle, s’exposer longtemps à une fréquence basse comme celle du WiFi revient exactement à la même chose que de s’exposer peu de temps à une onde très puissante.

C’est ce que craint Roland Thouin. Le technicien, qui vient de gagner une longue bataille pour faire retirer plusieurs antennes de téléphonie cellulaire du toit de l’école, a vu la ligne d’arrivée de son marathon contre les incrédules repoussée encore bien loin avec l’arrivée de l’internet sans fil au cégep.

Roland Thouin a commencé ses recherches sur le sujet alors que plusieurs de ses collègues de la première génération ayant travaillé au cégep “ tombaient comme des mouches! ” “ Plusieurs cancers du cerveau, et autres maladies bizarres, normalement rares, ont commencé à apparaître au cégep. ” Trois causes possibles se sont alors présentées à cette tendance pour le moins effrayante: Le sol, l’air… ou les antennes. Le sol parce que le lieu où est bâti l’établissement est un ancien site d’enfouissement. L’air parce que le système de ventilation était alors très vieux. Les antennes de relais cellulaire en raison du fait qu’elles diffusent un signal d’ondes électromagnétiques très élevé.

Quatre années d’études auront permis à Thouin de détruire maintes théories sur la prétendue inoffensivité des ondes électromagnétiques. Le tout pour pousser finalement la direction à ne pas renouveler les contrats de certaines compagnies téléphoniques à installer des antennes sur le toit du cégep André-Laurendeau. “ On a gagné du terrain pour les antennes, mais on nous relance avec le WiFi. ”

De très nombreux cégeps dans la province ont déjà implanté la technologie WiFi. Comme pour venir appuyer les craintes de Roland Thouin, le 7 avril dernier, la Bibliothèque nationale de France (BNF) renonçait à l’installation des Hot Spots WiFi sur son territoire. L’éminence de la BNF en matière de technologie pousse à une remise en cause de l’installation du WiFi un peu partout. Il s’agit du principe de précaution, dit-on, mais aussi d’une volonté d’avoir la meilleure qualité pour ses clients.

Le doute est apparu en Europe lorsque des employés de plusieurs bibliothèques de Paris se sont plaint de différents symptômes qu’ils reliaient à une surexposition aux micro-ondes. Un ensemble de signes et symptômes ont été assemblés dans ce que les spécialistes de BioInitiative, une compagnie européenne, ont nommés le syndrôme des micro-ondes.

Les signes peuvent être aussi banals que la fatigue ou des maux de tête, mais d’autres symptômes s’ajoutent à la liste. Les pertes de mémoire, étourdissements, insomnie et saignement de nez y figurent. L’irradiation aux ondes électromagnétiques peut aussi provoquer une oxydation du corps.

Magda Havas fait observer que l’antenne réceptrice / émettrice d’un ordinateur portable n’émet pas dans un seul sens. Les ondes sont envoyées autant vers l’utilisateur de l’ordinateur que dans les autres directions. Les situations oú le danger se fait plus présent sont lorsque l’utilisateur de l’ordinateur personnel le dépose sur ses genoux. Les ondes électromagnétiques sont alors dirigées vers deux zones critiques; les cuisses sont l’endroit du corps où se forment la majorité des cellules sanguines et les parties génitales pouvant être la cause d’infertilité chez les deux sexes.

“ Un des problèmes est que la technologie WiFi est relativement récente. Donc, s’il y a des effets nocifs à long terme qui peuvent prendre plusieurs années à se développer, ces effets ne pourront être observés que dans le futur. » Jean-Jaques Laurin, enseignant à l’école Polytechnique de Montréal, explique que deux voies sont possibles pour démontrer que quelque chose est nocif. Soit une démonstration d’une relation de cause à effet au niveau cellulaire ou biochimique ” ou une “ (démonstration) de cause à effet basée sur l’observation des maladies dans la population, (comme une) étude épidémiologique. ”

À son avis, nous sommes assez loin d’une preuve au niveau biochimique ou cellulaire. L’approche des scientifiques est surtout au degré des études épidémiologiques. Une alternative au sans fil est difficile à trouver selon lui. Il suggère que nous trouvions une nouvelle fréquence pour le système WiFi, « si des avantages à le faire sont trouvés. »

Roland Thouin, quant à lui, propose tout simplement de suivre l’exemple de la Bibliothèque Nationale de France qui a optée pour l’alternative filaire. Le câblage ne coûterait pas vraiment plus cher que l’installation des bornes WiFi et la connexion fait par des fils à fibres optiques serait nettement supérieure à celle dont les étudiants du cégep profitent actuellement.

Il s’agit de bien comprendre que, malgré tout les avantage proposés par une nouvelle technologie, se trouve un autre côté à la médaille, à savoir qu’au fond des choses, rien n’est tout à fait… gratuit.